Un de vos salariés vous annonce une naissance. Première question, légitime : qu'êtes-vous obligé d'accorder, qui paie, et combien de temps va-t-il s'absenter ? La réponse est plus simple qu'il n'y paraît, à condition de ne pas confondre les trois dispositifs qui coexistent en 2026.
Car le mot « congé de naissance » recouvre désormais des réalités très différentes : un congé court de 3 jours que vous payez, un congé paternité de 25 jours indemnisé par la Sécurité sociale, et surtout le tout nouveau congé supplémentaire de naissance, entré en vigueur le 1er juillet 2026, qui peut prolonger l'absence jusqu'à deux mois par parent. Ce guide démêle le tout, chiffres officiels à l'appui, puis partage ce que quinze ans de terrain nous ont appris sur la vraie difficulté — qui n'est presque jamais juridique.
Les 3 congés de naissance à ne pas confondre en 2026
En 2026, l'arrivée d'un enfant peut ouvrir trois droits distincts pour le second parent salarié (le parent qui n'a pas accouché). Ils se cumulent et s'enchaînent dans un ordre précis. Voici la photo d'ensemble avant de détailler chacun.
1. Le congé de naissance — 3 jours
Le plus ancien et le plus court. 3 jours ouvrables, payés à 100 % par l'employeur, à prendre immédiatement à la naissance. C'est un droit absolu : vous ne pouvez pas le refuser. Encadré par les articles L3142-1 à L3142-4 du Code du travail.
2. Le congé de paternité et d'accueil de l'enfant — 25 jours
Inchangé en 2026 : 25 jours calendaires (32 en cas de naissances multiples). Il s'enchaîne après les 3 jours de naissance et il est indemnisé par la Sécurité sociale, pas par vous. À retenir : les 4 premiers jours sont obligatoires.
3. Le congé supplémentaire de naissance — 1 à 2 mois (NOUVEAU)
La grande nouveauté 2026. Créé par la loi de financement de la Sécurité sociale, en vigueur depuis le 1er juillet 2026. Chaque parent peut prendre 1 ou 2 mois supplémentaires, indemnisés par l'Assurance maladie. Il s'ajoute aux deux précédents et ne remplace ni le congé parental, ni rien d'autre.
Le congé de naissance de 3 jours : votre obligation immédiate
C'est la partie qui vous concerne directement et financièrement. Le congé de naissance de 3 jours ouvrables est dû à chaque salarié devenant parent et qui n'a pas porté l'enfant — père biologique, conjoint, concubin ou partenaire de PACS, y compris dans un couple de même sexe. La mère n'y a pas droit puisqu'elle est couverte par le congé maternité.
Trois caractéristiques à connaître, car elles déclenchent vos obligations :
- Vous ne pouvez pas le refuser. C'est un droit légal. En cas de refus, le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes.
- Vous le payez plein tarif. Les 3 jours sont assimilés à du temps de travail effectif : salaire maintenu à 100 %, et ils comptent pour l'ancienneté et les congés payés.
- Il ne peut pas être différé. Il démarre le jour de la naissance ou le 1er jour ouvrable suivant, contrairement au congé paternité qui peut, lui, être étalé.
Justificatif à demander : une simple copie de l'acte de naissance. Bon à savoir : votre convention collective ou un accord de branche peut prévoir une durée supérieure à 3 jours — vérifiez le texte applicable à votre secteur.
Le congé supplémentaire de naissance 2026 : durée et fonctionnement
C'est le dispositif dont tout le monde parle. Issu de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026) et précisé par trois décrets publiés au Journal officiel le 31 mai 2026, il est applicable depuis le 1er juillet 2026.
Combien de temps ?
1 ou 2 mois par parent. C'est un droit individuel et non transférable : chaque parent dispose du sien, on ne peut pas céder son mois à l'autre. Le congé est fractionnable en deux périodes d'un mois, et les deux parents peuvent le prendre simultanément ou en alternance. Pour une famille monoparentale, le plafond est de 2 mois.
Quand peut-il être pris ?
Le congé doit débuter après l'épuisement des congés de maternité, de paternité et d'accueil de l'enfant ou d'adoption. Il doit ensuite être posé dans un délai de 9 mois suivant la naissance (ou l'arrivée de l'enfant au foyer). Ce délai s'allonge si les congés légaux le sont aussi (naissances multiples, dispositions conventionnelles).
Le cas particulier des naissances du début 2026
Pour les enfants nés ou arrivés au foyer entre le 1er janvier et le 30 juin 2026, le compte à rebours de 9 mois ne démarre qu'au 1er juillet 2026 : ces parents ont donc jusqu'au 31 mars 2027 pour poser leur congé. C'est une fenêtre à anticiper dès maintenant côté planning.
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Demander un devis gratuitIndemnisation : qui paie quoi ?
C'est LA question qui rassure les dirigeants. Bonne nouvelle : pour le congé le plus long, ce n'est pas vous qui payez. Voici la répartition exacte en 2026.
Les 3 jours de naissance → à votre charge
Salaire maintenu à 100 %, payé par l'entreprise. C'est le seul des trois congés qui pèse directement sur votre masse salariale.
Le congé paternité (25 jours) → Sécurité sociale
Indemnités journalières versées par la CPAM, comprises entre 11,12 € et 104,02 € par jour en 2026. Selon votre convention collective, vous pouvez maintenir tout ou partie du salaire — souvent via la subrogation (vous avancez le salaire et la CPAM vous rembourse).
Le congé supplémentaire (1-2 mois) → Assurance maladie, dégressif
Versé par la CPAM, jamais par l'employeur. Le taux est dégressif et calculé sur les trois derniers mois de salaire net, dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité sociale (4 005 € au 1er janvier 2026) :
- 1er mois : 70 % du salaire net — soit au maximum 2 803,50 €.
- 2e mois : 60 % du salaire net — soit au maximum 2 403 €.
Vos obligations d'employeur, étape par étape
Concrètement, qu'attend la loi de vous ? Voici le déroulé pour le congé supplémentaire de naissance, celui qui change vos process RH en 2026.
Étape 1 — Recevoir la demande dans les délais
Le salarié doit vous informer au moins 1 mois avant la date de début souhaitée (délai réduit à 15 jours si le congé suit immédiatement le congé paternité). La demande se fait par lettre recommandée avec accusé de réception ou par remise en main propre contre récépissé, en précisant la date de début, la durée (1 ou 2 mois) et l'éventuel fractionnement.
Étape 2 — Vous ne pouvez pas vous y opposer
Le congé supplémentaire de naissance est un droit. Dès lors que les délais sont respectés, vous ne pouvez pas le refuser ni en modifier la durée. Votre rôle est d'organiser l'absence, pas de l'autoriser.
Étape 3 — Transmettre à la CPAM
Pour les salariés, c'est vous qui transmettez la demande à la caisse primaire d'assurance maladie chargée de l'indemnisation. Le salarié, lui, n'a aucune démarche à effectuer auprès de la CPAM. Pensez donc à fiabiliser ce point côté gestion de paie et déclarations sociales (DSN).
Étape 4 — Protéger l'emploi et le retour
Comme pour le congé paternité, le salarié retrouve à son retour son poste précédent ou un emploi similaire à rémunération au moins équivalente. Les avantages acquis (ancienneté, primes, congés payés) sont conservés, et la protection contre le licenciement s'applique.
Organiser l'absence dans une PME : notre retour de terrain
Voilà le cœur du sujet, et la partie qu'aucun texte de loi ne traite. Depuis 2010, nous avons accompagné plusieurs dizaines de naissances au sein de nos 35 agents. Et nous avons compris une chose : le problème n'est presque jamais juridique. Il est opérationnel.
Dans le nettoyage, comme dans beaucoup de métiers de service, le vrai coût d'un congé n'apparaît pas dans le tableau comptable. Le maintien de salaire des 3 jours est rarement ce qui fait mal. Ce qui coûte, c'est l'invisible : le recrutement éventuel, la formation, les heures d'encadrement, les ajustements de planning, les déplacements supplémentaires. Sur un petit contrat, un remplacement peut, les premières semaines, coûter plus cher que le salarié remplacé.
Le vrai défi : remplacer sans casser la relation client
Le nettoyage est un métier de confiance. Le client connaît son agent depuis des années. Le pire scénario, c'est le remplaçant qui découvre le site le premier jour. Notre parade : la passation. Sur un marché de bureaux où une agente partait en congé maternité, nous avons organisé deux semaines de tuilage — la titulaire présente, la remplaçante à ses côtés, les spécificités du site expliquées. Le client a vécu la transition sans presque s'en rendre compte. C'est exactement l'objectif.
Les 3 erreurs que nous voyons le plus souvent
- Attendre le dernier moment pour préparer le remplacement. La plus fréquente — et la plus évitable.
- Mal informer le client. Quand il découvre l'absence parce que l'agent n'est plus là, c'est une catastrophe relationnelle. Présentez la solution, jamais le problème.
- Traiter le sujet comme un simple dossier RH. Derrière le formulaire, il y a une famille qui vit un événement majeur. Les salariés n'oublient jamais comment on les a accompagnés.
Notre avis sur la réforme 2026
Pour le salarié, donner plus de temps auprès d'un enfant dans ses premiers mois est une bonne évolution — bénéfique pour toute la famille. Pour l'employeur, cela demande davantage d'anticipation, mais les entreprises se sont déjà adaptées à bien d'autres évolutions sociales. Le problème n'est pas la réforme : c'est l'absence de préparation. Voyez le congé de naissance non comme une contrainte administrative, mais comme un test de votre organisation. Une entreprise capable d'absorber sereinement ce type d'absence est probablement capable d'absorber beaucoup d'autres imprévus. C'est un excellent indicateur de maturité pour une PME.
Tableau récapitulatif : les 3 congés en un coup d'œil
| Congé | Durée | Qui paie ? | Refus possible ? |
|---|---|---|---|
| Congé de naissance | 3 jours ouvrables | Employeur (100 %) | Non — droit absolu |
| Congé paternité / accueil | 25 jours (32 si multiples) | Sécurité sociale (IJ) | Non (7 jours obligatoires) |
| Congé supplémentaire de naissance | 1 ou 2 mois / parent | Assurance maladie (70 % puis 60 %) | Non — droit individuel |
| Congé parental d'éducation | Jusqu'à 3 ans (renouvelable) | PreParE (CAF), partiel | Non (1 an d'ancienneté requis) |
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